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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 17:41

 

 

Amazone blessée, 1904, Van Gogh Museum, Amsterdam

La guerrière est à terre, genou au sol, blessée.

Main droite sur le flanc qui saigne, elle maintient de la gauche, en garde haute, son bouclier. Rouge. Rouge sang. Sang de vie. Vie et mort.

Menace de trépas à droite, ardeur de vivre à gauche, symétrie parfaite symbolisée par le sang, la couleur rouge du bouclier qui éclabousse le centre du tableau.

Sa force de vie est cependant plus forte, elle est brandie en étendard. La menace se limite à des goulettes.

La mort est dérisoire pour la meurtrière, la vie est un cadeau pour la mortelle.

La sanguinaire est une femme qui a saigné en le devenant. Et, lorsqu’elle donne la vie, elle sait qu’elle condamne à subir sa corollaire, la mort.

Au milieu de la bataille, la fille d’Arès vacille mais ne flanche pas. Un instant de répit et elle repartira au combat… qui continue de faire rage en arrière-plan. Mais en aura-t-elle la force ? Va-t-elle s’effondrer sur le cadavre qui git à ses pieds ? Car une plaie ouverte brille entre ses doigts.

 

Amazone blessée (1904) est l’œuvre de Franz von Stuck (1863-1928), peintre allemand mais aussi sculpteur, graveur et architecte.

 

L’artiste, symboliste et expressionniste, propose une version du combat des Amazones contre les Centaures purement imaginaire. Aucun texte antique ne le mentionne. Selon la mythologie grecque, les Amazones auraient affronté Thésée, Hercule et participé à la guerre de Troie, en apportant leur appui à la ville.

Ce tableau met pourtant l’accent sur une posture inédite de la guerrière.

 

Associée habituellement au cheval, la femme-cheval, le pendant féminin du centaure voire la centauresse, aussi sauvage et sanguinaire que lui, est assimilée à la monstruosité de la nature qu’il représente. Deux symétries sexuelles s’affrontent, celle d’une virilité exacerbée (le centaure) contre celle (prétendument ?) usurpée (l’Amazone).

En s’opposant à lui, après l’avoir combattu, elle est à terre.

 

Héroïne martiale par excellence, hormis l’équipement de protection (casque, jambières et bouclier) elle ne tient aucune arme (ni arc, ni lance, ni hache, comme le veut la tradition).

 

De plus, elle est dissociée de son groupe de combat et du cœur de la bataille, et se trouve isolée, derrière la protection de son bouclier. Malgré quelques noms de reines restés dans la légende (Antiope, Thalestris ou Myrina, Penthésilée), les Amazones apparaissent le plus souvent comme une sorte de collectif, un peuple de femmes sauvages, réputé pour son tempérament de feu, identifiable comme une horde d’individus indéfinis.

Presqu’en coulisses,  les belligérants sont des masses sombres à peine esquissées, dont seule la pugnacité au combat est mise en avant, lances contre flèche, traduisant ainsi la brutalité de la scène.

 

En résumé, nous avons une figure féminine blessée par son alter-ego, désarmée et isolée. Mais curieusement, aucun sentiment de faiblesse ne se dégage de l’œuvre. Même blessée, la guerrière reste puissante.

 

Démentant la légende, l’œuvre ne montre aucune mutilation du sein droit, bien que la blessure qu’elle cache puisse y faire référence.

 

Selon Hérodote (historien grec, mort en 420 av. J.-C.), ces archères habiles qu’étaient les Amazones s’amputaient (ou brûlaient) le sein droit pour ne pas être gênées au tir à l’arc, ce qui expliquerait  leur nom (mazos en grec signifie "sein").

Une autre théorie prétend que l’origine de leur nom viendrait du fait qu’elles n’allaitaient pas leurs enfants (les seins pendants les gêneraient durant le combat), nourrissant leurs bébés de lait de jument sauvage.

D’autres encore affirment que le mot amazone n'a rien avoir avec les seins. Il s'agirait d'un mot arménien signifiant "femme de la lune", leur déesse protectrice, Artémis, étant une déesse lunaire.

 

Quelle que soit la raison, le mythe de la femme guerrière, qui aurait tantôt vécu sur les bords de la mer Noire, tantôt en Asie Mineure, voire en Lybie a perduré.

 

C’est durant la conquête de l’Amérique du Sud qu’il va ressurgir, aux dires des premiers explorateurs espagnols. Durant son expédition de 1541, Francisco de Orellana (navigateur et explorateur espagnol), va croiser le fer avec des femmes "qui combattent aussi farouchement que les hommes", lors d’une attaque sur le Río Marañón. Qu’il nomma  " fleuve des Amazones", puis fleuve Amazone.

 

 

 

Fichier:Amazones Thevet.jpg

"Comme les Amazones traitent ceux qu'elles prennent en guerre", André Thevet in Singularités de la France Antarctique, 1557.

 

André Thevet (explorateur et écrivain-géographe français) contemporain de l’Espagnol, ira jusqu’à détailler l’incroyable cruauté dont ces guerrière amazoniennes seraient capables : "Elles font guerre ordinairement contre quelques autres nations, et traitent fort inhumainement ceux qu’elles peuvent prendre en guerre. Pour les faire mourir, elles les pendent par une jambe à quelque haute branche d’un arbre ; pour l’avoir ainsi laissé quelque espace de temps, quand elles y retournent, si le cas forcé n’est trépassé, elles tireront dix milles coups de flèches ; et ne le mangent comme les autres sauvages, ainsi le passent par le feu, tant qu’il est réduit en cendre." (Singularités de la France antarctique, 1557 )

 

Près de quatre siècles plus tard, l’Europe s’achemine lentement mais sûrement vers la Première guerre mondiale.

Avant l’avènement des crises balkaniques et allemandes, les accords signés entre pays (Russie, France et Royaume-Uni), qui par leur effet domino vont déclencher les hostilités, les principales puissances européennes s’étaient lancées, depuis la fin du XIXème siècle, dans la course à la colonisation.

 

Cinquante ans avant la signature de l’Entente cordiale de 1904 (partage de l’Afrique entre l’Angleterre et la France), notre pays s’intéresse à un petit état d’Afrique de l’Ouest, le Royaume du Dahomey, l’actuel Bénin. Un traité d’amitié est signé entre les deux états en 1851.

Dix ans plus tard, Porto Novo est attaqué par les Britanniques. Ce petit royaume, assujetti au Dahomey, demande la protection des Français. Mais le Dahomey rejette ce protectorat. Commence alors la dégradation des relations entre les deux états qui aboutit en 1889, à l’attaque par un régiment dahoméen d’un village sous protectorat français. D’après la rumeur, il semblerait que les soldats français aient hésité avant de tirer ou de charger à la baïonnette. Car face à eux, le féroce bataillon ennemi, armé jusqu’aux dents est… uniquement composé de femmes !  Les Amazones du Dahomey.

 

 

  Une Amazone dahoméenne.

 

Ainsi nommées par les Occidentaux et les historiens, les Amazones du Dahomey constituent un régiment militaire exclusivement féminin. Crée au 17ème siècle, ce corps de chasseurs d'éléphant  à l’origine, devient un groupe de femmes gardes du corps constitué en milice qui participe à des guerres contre des vassaux par la suite. Assauts au cours desquels elles acquièrent une réputation de combattantes sans peur.

Ce groupe de guerrières, appelé Mino ("nos mères" en langue fon) représente au XIXème siècle environ le tiers de l'armée du Dahomey, soit 4 000 à 6 000 femmes. Portant l’uniforme et entraînées, on les équipe de gourdins, de couteaux et de fusils (leur roi ayant troqué des esclaves contre des armes à feu occidentales).

Recrutées parmi les ahosi ("les femmes du roi") à l’adolescence, et sous commandement féminin, leur vie est vouée à l’entraînement physique, intense et quotidien. Vierges, le mariage et la procréation leur sont interdits. Ceux qu’elles capturent finissent décapités.

 

Les Français sont d’autant plus déstabilisés, que ces femmes utilisent des techniques d’affrontement physique, le corps à corps notamment, alors qu’ils instaurent une certaine distance, ou le roulé boulé, leur permettant de s’infiltrer sous la haie de baïonnettes.

Leur compétence militaire est telle qu’il sera nécessaire aux Français de recourir à la Légion étrangère, de se doter de mitrailleuses, d'une cavalerie et d'une infanterie de marine pour vaincre finalement les guerrières à l’issue de plusieurs batailles. Les Légionnaires évoqueront plus tard "l'incroyable courage et audace des Amazones".

 

Restons en Afrique mais remontons un peu plus au nord, vers la Méditerranée.

Eloignons-nous dans le temps. Repartons quelques siècles en arrière. Et remontons aux sources de la légende dans la Lybie de l’Antiquité.

Voici l‘histoire de Myrina, reine des Amazones et fondatrice légendaire du temple d'Artémis à Éphèse, telle que la raconte Callimaque (poète grec, mort vers 240 av. J.-C., dans son Hymne à Artémis :

"Les belliqueuses Amazones t’élevèrent, jadis une statue, sur le rivage d’Éphèse, au pied du tronc d’un hêtre ; Hippô accomplit les rites et les Amazones, reine Oupis, autour de ton image dansèrent d’abord la danse armée, la danse des boucliers, puis développèrent en cercle leur ample chœur ; [...] Autour de cette statue, plus tard, on construisit un vaste sanctuaire ; la lumière du jour jamais n’en éclaira de plus digne des dieux ni de plus opulent […]" (Hymnes IIIà Artémis v. 237-250)

File:KunsthistorischesMuseumAmazonen.jpg

Sarcophage présentant un combat des Grecs et des Amazones, Kunsthistorisches Museum, Vienne, photo Christian Chirita

 

Sur une île du lac Tritonis vivaient des Amazones, alliées de Dionysos.

Leur reine, Myrina, s’empara de la ville de Cerné, aidée de son immense armée.

Après avoir massacré tous les hommes, réduit femmes et enfants à l’esclavage, elle rasa les murs de la ville. A la place, la reine fit construire une nouvelle cité puissamment protégée, afin de contrer les attaques des Gorgones, la tribu voisine. Malgré ces précautions, les Gorgones attaquèrent la ville par surprise et décimèrent l’armée de Myrina.

Parvenue à s’échapper en Egypte, elle rencontra Horus, fils d’Isis et d’Osiris et reconstitua une nouvelle armée. Elle envahit l’Arabie, fonda plusieurs villes, s’empara également de plusieurs îles égéennes, puis fut finalement tuée par un roi de Thrace.

Les Amazones survivantes se réfugièrent en Lybie. Et visiblement y perdurèrent…

Nous allons voir pourquoi.


Laissons l’Antiquité derrière nous.


Un siècle après que Franz von Stuck ait peint Amazone blessée, plongeons dans l’histoire de la Lybie moderne. Celle du Colonel Kadhafi.

Le flamboyant et singulier dirigeant libyen fonde en 1983 une Académie militaire de femmes, dont l’enrôlement serait basé sur le volontariat. Parmi les Gardes jamahiriyennes ("Jamahiriya arabe libyenne" est le nom officiel en abrégé pour la Libye  durant le régime de Kadhafi) issues de cette école, un corps d’élite va se distinguer, qui aura pour tâche la garde rapprochée du Guide de la révolution. Ce sont les Amazones !

Kadhafi et les 40 amazones

 

 Mouammar Kadhafi et ses "amazones" lors d'une visite officielle en Europe. Photo AFP


Ces Haris al-Has ("Gardes privées"), unité de 400 femmes portant uniformes, treillis et kalachnikovs seraient réputées vierges et vouées à la chasteté. On les dit aussi surentrainées aux arts martiaux et au maniement des armes. L’une d’elles aurait d’ailleurs abattu un islamiste qui tentait d'assassiner Kadhafi en 1989, tandis qu’une autre décèdera lors d'un attentat contre le dirigeant, neuf ans plus tard.

Puisque l’escorte accompagne le Guide lors de ses déplacements à l’étranger, les Amazones de Kadhafi deviennent un objet de curiosité internationale.

Seulement, voilà, en 2011 le régime tombe et les langues se délient. Et l’envers du décor est bien différent.

"Forcées à s'enrôler, menacées, elles disent avoir été violées par le «Guide» qui les «partageait» ensuite avec ses fils ou ses officiers. " (Le Figaro du 31/08/2011)

Les différents témoignages racontent les viols répétés, les recrutements de force, les menaces de mesures punitives envers les parents et les enlèvements de ces jeunes filles. Certaines déclareront avoir servi d’esclave sexuelle dès l’âge de 15 ans, d’autres d’avoir été contraintes d’exécuter des insurgés au régime.

L’une d’elles précise même le rôle exact des Amazones. Celles portant la tenue kaki étaient de simples otages sexuels. La véritable garde rapprochée, habillée de bleu, était elle chargée de surveiller les recrues et de passer à tabac celles qui se défendaient contre les violences sexuelles.

La consternation est générale et mondiale. Mais on en reste là car le Guide est mort.

De l’idée cocasse assortie d’un décorum de pacotille, reste un sentiment misérable de gâchis et de vies brisées. Et les Amazones enterrées à jamais !

 

C’était sans compter sur l’ironie de l’Histoire.

 

Jeannine Davis-Kimball, directrice du Centre de Recherches de la Civilisation Nomade Eurasiatique à l'université de Berkeley (Californie), entreprend desfouilles entre la Russie et le Kazakhstan de 1992 à 1995.

Elle y découvre des tombes de femmes guerrières (entre 600 et 200 av. J.-C.), enterrées avec leurs armes et probablement cavalières comme le révèle l'analyse ostéologique. . L'une des tombes, richement garnie d’objets et bijoux féminins, comporte également 100 pointes de flèches.

De plus, elle note que dans tous les musées d'Eurasie qu'elle a visités, se retrouvent les traces de prêtresses, femmes-chamanes, et curieusement, à partir de -4000 environ, guerrières, ce qui n'a pas manqué d'être mis en relation avec le mythe des Amazones.

 

Serait-il erroné d’affirmer que l’amazone ne meurt jamais ?

C’est ce que semble présager un autre tableau de Franz von Stuck, "Amazone et Centaure", réalisé huit ans après "Amazone blessée", où elle apparaît plus combative que jamais. 

Amazone et Centaure, Franz von Stuck, 1912 

 

 

Pour conclure, on disait le style de Franz von Stuck plutôt sculptural que pictural, ce que "Amazone blessée" ne dément pas, depuis la musculature des jambes et du bras levé, jusqu’aux ombres hachurées pour marquer le creux du bouclier.

 

Dès lors, il est  probable que le titre, "Amazone blessée", fasse référence à un célèbre concours de la Grèce antique (vers 440-430 av. J.-C.), réunissant les plus grands sculpteurs classiques.

Il s’agissait, selon Pline (in Histoire Naturelle) de réaliser une statue d’amazone pour le temple d’Artémis à Éphèse, ville dont la fondation est attribuée aux Amazones.

En guise de récompense, le gagnant réaliserait un groupe d’amazones pour orner le temple. Quatre sculpteurs arrivèrent en finale : Phidias, Polyclète, Crésilas et Phradmon. Juges (de la compétition) et partie, ces artistes votèrent pour leur propre œuvre. Et tous donnèrent la seconde place à Polyclète, qui finalement remporta le concours.

Cette composition donna lieu à une série de répliques dont la meilleure copie, signée par le sculpteur Sôsiclès, est conservée au musée du Capitole à Rome.

 

Amazone blessée, anonyme, dans le style de Sosiclès d'après l'original de Polyclète , Musée du Louvre, Paris.

 

Elle présente un bras droit levé, qui brandissait peut-être à l'origine la lance sur laquelle la figure prenait appui. La tête est tournée vers la jambe droite, le bras gauche soulève le pan de drapé qui dévoile la blessure.

Voir les différents types d'amazones : http://perso.univ-lyon2.fr/~mollon/L3-LHA/fich_oeuvre_10/Amazone(Mattei).pdf 

 

 

 

Voici un échantillon de représentations des Amazones et documents sur différentes époques.

 

 

 

Fichier:Amazonomachie 01.JPG

Amazone, fragment de mosaïque de pavement de Daphné (actuelle Turquie), seconde moitié du IVème siècle.

Pour avoir un aperçu général de la mosaïque, descendez la page suivante : http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?t=71400


Combat de Thésée contre les Amazones, amphore

 

 

Hercules combattant les Amazones, amphore

Pour voir davantage sur l’iconographie antique des Amazones : http://www.cndp.fr/archive-musagora/amazones/fichiers/iconographie.htm

 

Penthésilé, Amazone

Penthésilée, reine des Amazones, tapisserie de la fin du Moyen-Age.

 

Fichier:Deruet - La bataille entre les amazones et les grecs.JPG

La bataille des Amazones contre les Grecs, entre 1603 et 1660, Claude Deruet, peintre français (1588-1660).

 


Bataille des Amazones, 1618, Pierre Paul Rubens, peintre flamand (1577-1640).

 

 

Fichier:La-reine-des-amazones.jpg

La rencontre d'Alexandre avec la reine des Amazones, vers 1660, Pierre Mignard, peintre français (1612-1695).

 

 

La transformation du mythe des Amazones dans l’art et la littérature européens des XVIeet XVIIesiècles, Séminaire d’Art et de Littérature : http://www2.lingue.unibo.it/dese/didactique/travaux/Maramotti/Art%20et%20litt%E9rature.pdf 

Et aussi "Les dernières Amazones : réflexions sur la contestation de l’ordre politique masculin pendant la Fronde" : http://framespa.revues.org/674 

 

 

La bataille des Amazones, vers 1820, Johann Heinrich Wilhelm Tischbein (1751–1829), peintre allemand   

 

Amazone combattant, 1897, Franz von Stuck

 

 

Amazone combattant, 1902, Franz von Stuck

 

 

 

Les Amazones, Roger Viollet

 

Fichier:Amazones-Dahomey.jpg

 

Les amazones guerrières du Dahomey, 1890, d'après une photographie communiquée par le colonel Dinnematin-Dorat.

 

 

 

 

  Carte postale d'Amazones du Dahomey.

 

 

(Traduction : Elles sont toutes vierges et font voeu de chasteté en devenant gardes du corps officielles).

Source et autres images : http://www.gameblog.fr/blogs/deaconfrost1832/p_28529_kadhafi-et-ses-amazones

 

 

Diaporama des Amazones de Kadhafi : http://madame.lefigaro.fr/societe/kadhafi-40-amazones-010411-148065

 

 

 


Vidéo (7’20) du Mouvement matriciel (?), panorama de vestiges, héritage des Amazones (Avertissement : la musique peut être un peu pénible…)

 

Iconographie relative aux fouilles du Dr. Dr. Jeannine Davis-Kimball : http://www.csen.org/WomenWarriors/Statuses_Women_Warriors.html

 

 

File:Amazon preparing for the battle (Queen Antiope or Armed Venus) - Pierre-Eugene-Emile Hebert 1860 - NG of Arts Wash DC rotated and cropped.jpg

 

Amazone se préparant pour la bataille (Reine Antiopé ou Vénus armée), 1860, Pierre-Eugene-Emile Hebert, sculpteur français (1828-1893).

 

Amazone, 1897 Franz von Stuck

 

 

Sources

Au sujet du mythe des Amazones

http://www.aly-abbara.com/histoire/Mythologie/Grece/Hercule/images/Amazone.html

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fe/11/AMAZ/Amazones.htm

http://atil.ovh.org/noosphere/amazones.php

http://www.cndp.fr/archive-musagora/amazones/fichiers/presentation.htm

http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-Amazones.pdf

 

 

Au sujet des Amazones du Dahomey

http://www.hirondelledelavenir.com/index.php/amazone?13c2bac9b90f24f8267040c208726c38=3f713a9d68144007e2419ad82287261d

http://fr.wikipedia.org/wiki/Amazones_du_Dahomey

http://reinesheroinesdafrique.doomby.com/pages/recits-des-reines-heroines/les-amazones-du-dahomey-une-armee-de-femmes-au-service-d-un-royaume.html

http://www.cosmovisions.com/ChronoDahomey.htm

http://www.epa-prema.net/abomey/pedago/amazones.htm

 

 

Au sujet des Amazones de Kadhafi

http://www.lefigaro.fr/international/2011/08/31/01003-20110831ARTFIG00470-kadhafi-accuse-de-viol-par-ses-ex-amazones.php

http://www.parismatch.com/Actu-Match/Monde/Actu/Les-amazones-de-Kadhafi-esclaves-sexuelles-du-tyran-354181/

 

 

Au sujet de la réalité du mythe (résultats des fouilles du Dr. Jeannine Davis-Kimball et autres artefacts)

http://www.womanthouartgod.com/daviskimball.php

http://www.cairn.info/revue-l-homme-2002-3-page-185.htm

Published by untableau-unehistoire - dans Légendes
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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 16:33

Fichier:Lilith (John Collier painting).jpg 

Lilith, 1892, John Collie, Atkinson Art Gallery

 

 

 

La séductrice est vénéneuse. Belle évidemment.

 

Tête penchée sur l’épaule, elle cajole de la joue la tête de son amant, le serpent, qui lui frôle le sein de sa langue frétillante. Lèvres ourlées et brillantes de plaisir, le téton dressé, elle le caresse de ses folles et longues mèches blondes, les chevilles entravées comme pour être mieux possédée par celui qui lui remonte entre les jambes et lui entoure les reins. Il la couvre, tel un pagne, mais pas seulement …

 

Le moins que l’on puisse dire est que La Lilith de John Collier (1892) suggère le sexe. Pas une banale partie de jambes en l’air, non, il parle de l’accouplement abominable entre deux personnages maudits depuis la nuit des temps : le Diable et Lilith.

 

John Collier (1850-1934), talentueux portraitiste britannique, représente la première femme d’Adam, en pleine ère victorienne, dans une étreinte extatique avec le Prince des ténèbres.

 

Shocking !

 

A la fin du XIXème siècle, la femme victorienne est cantonnée dans son rôle de mère et de maîtresse de maison. Sans capacité juridique, pure de corps (propriété de leur mari) et d’esprit (étudier n’est pas dans leur nature, affirmait-on), cet « d’idéal féminin » est le strict opposé de Lilith, ressurgie de la fin des âges, par la littérature notamment. La résurgence de mythes oubliés est l’œuvre des Romantiques, qui transmutent Lilith en Loreley la sorcière (Clemens Brentano), génie de la nuit (Alfred de Vigny), fille aînée de Satan (Victor Hugo), ou encore prince des succubes (Berbiguier de Terre-Neuve du Thym). Goethe la décrit dans Faust, comme celle qui piège les jeunes hommes dans les filets de sa chevelure, allusion à sa sexualité dévorante.

 

Et pourtant, lorsque Dieu créa le monde …

 

"Jeune femme aérienne", telle apparaît Lilith pour la première fois dans L’Epopée de Gilgamesh, récit sumérien datant de 2000 av. J.-C. Inoffensive et "vivant dans un arbre", à l’origine, devenue "Dame du vent" ensuite, elle est baptisée "Femme de la nuit" puis "Démon femelle" (Lilith en hébreu) dans le Talmud. En quelques millénaires, elle passe du statut de déesse Mère, la Grande déesse archétypale et nourricière, à celui de femme aux serpents, dévoratrice d’enfants, avide de sexe et de sang.

 

Il pensait à l’harmonie …

Selon l’Alphabet de Ben Sira (écrit hébreu du Xe siècle), au commencement, Lilith, née de la terre comme Adam, se considère comme son égale.

A ce titre, elle refuse d’être couverte (voir la position du missionnaire) lors de leurs ébats. Rétive au désir d’ascendance de son partenaire, Lilith invoque Dieu (l’Ineffable) et des ailes lui poussent miraculeusement. Ce qui lui permet de fuir l’enfer conjugal en même temps que l’Eden. Toutefois, Adam, désormais seul, se plaint à Dieu, qui envoie trois anges à Lilith pour la calmer. L’obstinée refuse de céder et Dieu la condamne alors à voir mourir tous ses enfants. Elle erre, désemparée. Emus par son désarroi, les anges lui accordent une étrange compensation : le pouvoir de tuer les enfants des hommes.

Plus tard, elle rencontre le démon Samaël, l’épouse et s’installe dans son royaume, la Géhenne (lieu d’expiation ou autrement dit l’Enfer).

 

Désormais casée et peut-on supposer comblée, celle qui "règne mais ne gouverne pas" (surnom donné par son démon de mari à cause de sa grande intelligence) n’est pas totalement satisfaite. Car Dieu a continué son œuvre. Adam, l’esseulé, a une nouvelle compagne, Eve, fabriquée sur mesure à partir d’une de ses mâles côtes. Le premier essai n’étant pas concluant, autant se prémunir : pas d’égalité, plus de rébellion !

Or, cette Eve, douce, conciliante, docile et surtout grande génitrice devant l’Eternel est une rivale pour la stérile Lilith (dont les enfants sont condamnés, je vous le rappelle). Lilith décide donc de lui faire la peau en provoquant sa chute. On connaît la suite, le serpent tentateur, la pomme, le courroux de dieu, l’expulsion du paradis, etc. 

 

Ce qu’on ignore par contre, c’est la perversité dont fait preuve Lilith dans la mise en œuvre de son plan diabolique.

L’instigatrice incite son mari, le démon, à se déguiser en serpent afin de séduire Eve, la blonde au teint et aux yeux clairs : "Je suis Ève, la claire", selon la tradition talmudique, contrairement à Lilith, représentée en rousse, sombre de teint, aux yeux noirs ou brun foncé.

 

Une fois, le mythe rappelé de manière volontairement succincte, revenons au tableau de John Collier.

 

La beauté lovée dans le serpent est d’une blondeur incandescente, sa peau est lumineuse, claire, éclatante de blancheur. Serait-ce une Eve enchanteresse ou la Lilith perverse ? Le doute est permis, malgré le titre.

 

Ajoutons que l’objectif du démon, envoyé par son épouse, est de pervertir Eve en la possédant charnellement. La lascivité de l’ondulation du serpent autour des hanches est on ne peut plus éloquent. Mais la scène suggère-t-elle une Eve séduite par le serpent ou l’étreinte conjugale de Lilith et le démon ?

 

Précisons aussi que le serpent, condamné par Dieu a ramper (Genèse) est une possible métaphore de Lilith, la femme au corps caudal qui ne possède pas de jambes. Cet archétype ancien de l’être humain, à l’Age d’Or où l’espèce humaine dépourvue de sexe était androgyne et donc sans jambes, est habituellement figuré par un poisson ou un serpent lové sous lui-même.

 

Eve la soumise (aux chevilles entravées) succomberait-elle aux charmes du serpent, Lilith la tentatrice, dans le jardin d’Eden qui semble les entourer ? Du lesbianisme déguisé ?

 

Illusion troublante ou volonté délibérée ?

 

Dans ce jeu de miroir, de rivales, dissemblables, les images de Lilith et d’Eve semblent se superposer puis finalement fusionner. Car toutes deux ont en commun d’avoir acquis la connaissance, la sagesse, symbolisée par le serpent, qui en est le pourvoyeur. Dans la Grèce antique, le serpent figure la sagesse intuitive. La pomme de la tentation est le fruit de la Connaissance.

 

Hautement sophistiquée et riche en symboles, la vision de John Collier est loin de l’image démoniaque à laquelle les écrits hébreux ont condamné Lilith, les textes chrétiens se contentant de l’ignorer pour privilégier la figure de notre mère à tous, Eve la sage.

 

“Au début le Saint béni soit-il a créé Adam et Eve mais Eve n'était pas chair mais boue et lie de la terre, c'était un esprit maléfique. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il l'a prise à Adam et il Lui a donné une autre Eve à sa place…“ dans le Zohar.

"Ces quatre reines des démons, Lilith, Igrat, Mahalath et Nahemah et leurs cohortes donnèrent naissance à des enfants, sauf Lilith, qui n'en porta point, mais qui est juste fornication dans le monde..." Salomon ben Abraham Adret (érudit du 13ème siècle connu sous l’acronyme RaSHbA).

 

Mais pourquoi tant de haine ?

Lilith est une femme libre, indépendante et qui refuse l’ordre établi… par les hommes. Voilà ses principaux défauts.

Véritablement libre, elle est sans attaches, sans enfants, totalement déconnectée du rôle maternel dévolu aux femmes.

Farouchement indépendante, elle n’hésite pas à contester le rôle de femme soumise (ou mise sous l’homme lors du coït) et part, quitte le paradis, sans se retourner.

La rebelle ose même affronter Dieu et l’ordre du monde tel qu’il l’a créé. Elle refuse de transiger lorsque ses émissaires, les anges, tentent l’apaisement entre les époux.

De plus, elle est intelligente, ce qu’a reconnu son second époux.

 

Libre, indépendante, rebelle et intelligente, voilà le portrait type d’une femme dangereuse. A l’instar des femmes fatales de polar, une odeur du soufre traîne dans son sillage… Ce qui a aussi pour effet d’exciter les hommes, malgré la crainte qu’elle inspire, étrange objet de désir, victime d’un ostracisme véhément.

 

Revenons à John Collier et à sa vision de Lilith.

 

Demandons-nous pourquoi sa représentation de Lilith suscite autant d’interrogations. Quelle raison a pu le pousser à réaliser un portrait aussi déroutant, équivoque, ambigu de cette figure de femme honnie ? Un évènement, une personnalité ? Quel élément déclencheur aurait pu éveiller l’intérêt du peintre ?

 

Plongeon(s) dans le passé.

 

En Angleterre, les femmes œuvrent dans les usines dès le début de la révolution industrielle.

Bien que payées au rabais car peu qualifiées, la place des ces ouvrières est source de contestation. A la concurrence déloyale qu’elles représentent pour leurs collègues masculins dans leur lieu de travail, s’ajoute la désorganisation des foyers que leur activité professionnelle génère, selon le point de vue syndicaliste de l’époque. Chacun à sa place : les femmes à la maison et les hommes au travail. En 1888, l’Association internationale des travailleurs vote, de sa propre initiative, le refus du travail des femmes car il constituerait un "principe de dégénérescence pour la race et un des agents de démoralisation de la classe capitaliste". S’ajoute à cela, l’exploitation patente dont les ouvrières sont victimes. En plus de salaires dérisoires, on leur inflige des conditions de travail déplorables : journées de travail à rallonge, amendes injustifiées et maladies provoquées par les matériaux qu’elles manipulent.

 

 

Dans ce climat oppressant, un mouvement, en cette même année de 1888, vient marquer l’histoire sociale britannique : la grève des ouvrières des manufactures d’allumettes à Londres.

L’instigatrice de ce soulèvement est Annie Besant (1847-1943), écrivain, militante socialiste et féministe de la première heure.

 

Femme d’un pasteur qu’elle quitte (fait rarissime pour l’époque), après deux accouchements douloureux et une vie domestique insatisfaisante, cette anglicane très pieuse, versée dans l’étude métaphysique, perd la foi et adhère aux thèses de la libre-pensée, vilipende les prêtres et les religions dans ses écrits et conférences.

 

Elle subit deux procès qui connaissent un écho retentissant et entachent sa réputation à jamais. Le premier pour avoir publié une apologie du contrôle des naissances et le second pour avoir perdu la garde de sa fille, le juge estimant qu’aucune femme digne de ce nom ne saurait la fréquenter au vu le caractère obscène des ouvrages qu’elle cautionne (référence au premier procès) et qu’il est inapproprié pour une lady de se défendre seule (lors des deux procès, elle se dispense d’assistance juridique). La rumeur court aussi sur d’équivoques relations professionnelles, et qu’en adepte de l’amour libre, elle serait l’amante de ses collaborateurs masculins.

Mise au ban de la société victorienne, elle poursuit pourtant son engagement politique en propagandiste du self-government pour l'Inde, s’indigne de la condition ouvrière en prônant la justice sociale et lutte pour la cause des femmes, ses procès lui ayant servi de tribune.

Elle initie un cursus universitaire en sciences, finalement interrompu car elle aurait "une mauvaise influence" sur ses condisciples. 

 

Pour l’anecdote, même un de ses tuteurs, Thomas Henry Huxley ne la soutient pas, lorsque l’université refuse de renouveler son inscription. Ce naturaliste émérite, ami de Darwin - surnommé d’ailleurs le "bouledogue de Darwin" car considéré comme le défenseur le plus farouche de la théorie de l'évolution – se rendit célèbre par sa réponse à l’évêque d’Oxford, lors d’un débat consécutif  à la publication de L'Origine des espèces (1859). A la question de l’opposant à Darwin : "descendait-il bien du singe par son grand-père ou par sa grand-mère ?", Huxley aurait répliqué qu'il "préférerait descendre d'un singe plutôt que d'un homme instruit qui utilisait sa culture et son éloquence au service du préjugé et du mensonge".

 

Thomas Henry Huxley est aussi le beau-père de Charles Collier, dont il a épousé la fille aînée, Marian, qui décèdera à Paris de pneumonie en 1887. Deux ans plus tard, Collier épousera Ethel, sa seconde fille, la plus jeune.

 

Ce libre-penseur et athée, comme Annie Besant (même s’il a désapprouvé sa supposée pratique de l’amour libre), deviendra le grand-père de Julian Huxley, théoricien de l’eugénisme et de son frère, Aldous Huxley, auteur du célèbre Meilleur des mondes (1932), qui à l’inverse le dénoncera.

 

Notons que dans sa théorie de l’évolution (terreau de l’eugénisme), Charles Darwin reprend l’apostolat malthusien (le contrôle des naissances prôné par Annie Besant appartient au néo-malthusianisme), lequel relie deux notions, sexualité et mort, toutes deux profondément associées au mythe de Lilith.

 

Mais revenons à 1888, aux allumettières de Londres et à Annie Besant.

Son article "Esclavage blanc à Londres" ("White Slavery in London"), dénonçant les monstrueux dividendes que les actionnaires tiraient du travail de ces femmes exploitées, engendra un tollé général, une campagne de presse féroce, des licenciements, puis une décision de grève soutenue financièrement par la Fabian Society, sorte de club politique de mouvance socialiste et réformatrice, qu’Annie Besant co-présidait. L’issue heureuse de cette grève (salaires augmentés, amendes supprimées et création d’un syndicat au sein de l’usine) eut un retentissement considérable dans le pays et lança la grande vague de syndicalisation qui traversa le Royaume-Uni à la fin des années 1880.

 

Plus tard, elle adhère au mouvement théosophique, abandonne le combat pour la libre-pensée et la réforme sociale mais pas la lutte politique. Métamorphosée par les thèses de Madame Blavatsky, elle s’installe en Inde, sa patrie spirituelle, en 1893.

 

Où est donc passée Lilith ?

 

Laissons Annie Besant en Inde, où elle finira ses jours et analysons sa vie sous un autre angle.

 

Encline au questionnement spirituel dès son plus jeune âge, Annie Besant se plie aux lois de la décence en épousant un pasteur, qui la viole le soir de noces, la soumet au devoir conjugal et finalement la bat car elle veut s’épargner des grossesses indésirées. Elle tourne le dos à la bienséance et le quitte.

Une femme insoumise, ça ne vous rappelle rien ?

 

Elle perd la foi et proclame publiquement son athéisme en attaquant frontalement le clergé et les religions. En oratrice de talent, ses tournées de conférences autour du thème « il n’existe nulle preuve de l'existence d'un dieu sont » sont un succès.

Une femme qui s’en prend à Dieu… tiens ! tiens !

 

Elle s’acoquine avec des libres-penseurs, des avant-gardistes par qui le scandale arrive, dérègle l’ordre du monde en haranguant les foules pour fomenter un élan insurrectionnel.

Une vraie diablesse !

 

Faut-il poursuivre ?

 

Cette innocente fille d’Eve s’avère au final dangereuse. A l’instar de Lilith, elle est libre, indépendante et refuse l’ordre établi. Malgré tous les désagréments qu’elle dut endurer, sa présence sur Terre marqua l’Histoire d’au moins deux nations. L’Angleterre, comme nous avons pu le voir, mais aussi l’Inde, où elle milita pour les droits sociaux des Indiens, alors sous le joug des Britanniques. Par son action pour le droit à l’auto-détermination du sous-continent, elle fut l’une des premières inspiratrices du mouvement d'indépendance indien.

 

Dans le fond, elle ne représente qu’un autre avatar de la Lilith hébraïque, elle-même réincarnation d’Ishtar, la Grande déesse vénérée dans l’ancienne Babylone.

 

Au long du temps et des traditions, Lilith est apparue sous différents visages (fée, nymphe, sirène, vampire, goule, harpie… ) et noms (Isis, Leila, Kali, Scylla ou Lamia), mais quelque soit son aspect (griffu, ailé ou serpentin) ses traits restent invariablement féminins. Une femme, une fille d’Eve donc.

 

Aussi, au regard du portrait du plus puissant des archétypes féminins imaginé par John Collier, peut-être s’agit-il simplement de comprendre que tant qu’Eve vivra, Lilith perdurera.

 

 

 

  

 

Pour finir, parmi l'innombrable iconographie de Lilith, voici un échantillon d’œuvres la représentant, à l’époque de John Collier, notamment sous les traits de Lamia, l’équivalent grec de Lilith.

 

 

 Lady Lilith, 1866-1968, Dante Gabriel Rossetti (1828-1882), peintre britannique, membre du trio fondateur de la confrérie des Préraphaélites. Ce blog présente une  analyse très intéressante du tableau (voir tout en bas de la page)  :  http://jeveuxunerousse.com/tag/pre-raphaelite/

 

 

Lilith, 1892, Kenyon Cox, peintre et illustrateur américain (1856-1919).

 

Lilith sous les traits de Lamia et bref rappel de sa légende.

Elle fut l'amante de Zeus et encourut la jalousie d'Héra, qui tua ses enfants et égara son esprit en empêchant ses paupières de pouvoir se fermer, afin qu'elle n'ait plus de repos. Devenue folle, Lamia prit une apparence monstrueuse (buste de femme et corps de serpent) et se terra dans une caverne. Jalouse des autres mères, elle en sortait parfois pour dévorer un jeune enfant. Zeus, apitoyé, lui permit d'ôter ses yeux pour pouvoir dormir, et de les remettre à son réveil. Lamia passe parfois pour la mère de Scylla.

 

 

 Lamia, 1909, Herbert Draper (1863-1920), peintre britannique.

 

Lamia (première version), 1905, John William Waterhouse (1849-1917), peintre britannique néo-classique et préraphaélite.

Ce blog présente une  analyse très intéressante des deux tableaux  :  http://jeveuxunerousse.com/tag/pre-raphaelite/

 

Lamia (deuxième version), 1909, John William Waterhouse (1849-1917).

 

 

 

Représentations antiques de Lilith


Fichier:Lilitu.jpg

 

Bas-relief sur terre cuite, donné comme l’effigie initiale de Lilith à cause des pieds griffus et de la présence de chouettes.

 

 

Lilith protectrice, statuette sumérienne.

 

 

 

Lilith, statuette grecque ou turque.

 

 

Lilith, plaque d’argile babylonienne.

 

 

Lilith, lampe à huile de l’époque romaine.

 

 

 

Représentations de Lilith sous la forme du serpent tentateur.

 

Fichier:Folio 25v - The Garden of Eden.jpg

 

Lilith  (autour de l’arbre situé à gauche), miniature « Le Paradis terrestre» in Les Très Riches Heures du duc de Berry, 1411-1416, les Frères de Limbourg (vers 1380-1416), peintres et enlumineurs néerlandais.

 

Fichier:Hugo van der Goes 009.jpg

Lilith, vers 1475, diptyque de Vienne, Hugo van der Goes (1440-1482), peintre flamand.

 

Fichier:Hieronymus Bosch 014b.jpg

Lilith (autour de l’arbre situé à droite du lac central) dans le Paradis terrestre (aile gauche du triptyque Jardin des Délices), 1503-1504, Jérôme Bosch (vers 1453-1516).

 

Lilith (autour de l’arbre, tendant la pomme) dans La Chute de l’homme, Le Titien (1480-1576).

 

 

Lilith (autour de l’arbre, tendant la pomme) dans La Chute de l’homme, 1592, Cornelis van Haarlem (1562-1638).

 


 Lilith (autour de l’arbre) dans Adam et Eve, 1508, Raffaello Sanzio, plus connu sous le nom de Raphaël (1483-1520), peintre et architecte italien de la Renaissance.

 

 

 

D’autres exemples dans ce lien :

http://jewishchristianlit.com//Topics/AdamNeve/

 

 

 

Représentations modernes de Lilith

   

 Lilith, 1926, Abel Pann (1883-1963), illustrateur, caricaturiste, peintre de la Bible, né en Lettonie mais considéré est l'un des grands peintres modernes d’Israël, pays où il vécut une grande partie de sa vie.

 

Lilith et le Faune, Karin Boye (1900-1941) poètesse et romancière suédoise.

 

 

D’autres exemples dans ces liens :

http://www.lilithgallery.com/library/lilith/Lilith-Gallery.html

http://jewishchristianlit.com/Topics/Lilith/modPics1.html


 

 

 

Sources

 

(les liens ne sont pas directs car ça ne marche pas toujours…)

 

Au sujet du mythe de Lilith

http://www.systerofnight.net/religion/html/lilith.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lilith

http://guildelilith.forumpro.fr/t726-le-mythe-de-lilith

 

http://www.heresie.com/lilith.htm

 

   

Au sujet du mythe de Lilith et des textes hébreux

http://atil.ovh.org/noosphere/lilith.php

http://misraim3.free.fr/divers/lilith.pdf

 

Analyse psychosociologique du mythe de Lilith

http://www.cairn.info/revue-imaginaire-et-inconscient-2002-3-page-77.htm

 

Sur la grève des allumettières de Londres

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_des_ouvri%C3%A8res_des_manufactures_d%E2%80%99allumettes_%C3%A0_Londres_en_1888

 

Sur Annie Besant

http://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Besant

 

 

 

 

 

 

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 12:19
Lady Godiva, épouse du seigneur de Coventry, dans l’Angleterre de l’an 1000, aurait selon la légende, traversé la place du marché, nue sur un cheval. Spectaculaire parade résultant d’un défi lancé par son mari : il allège l’imposition de la ville à condition qu’elle accepte de chevaucher dans le plus simple appareil. Or, elle relève le gant…
 
Fichier:Lady Godiva by John Collier.jpg
Lady Godiva par John Collier, vers 1898
   
S’abandonnant au destin, à l’accomplissement de sa promesse, la célèbre dame saxonne déambule chastement dévêtue, dans la fraîcheur du matin, sans âme qui vive alentour. Son altière monture trotte d’un pas décidé et affronte l’adversité avec panache.
Telle l’a immortalisée John Collier (1850-1934), portraitiste britannique de talent, sur son tableau peint vers 1898.
De la superbe nudité à la grâce juvénile émane une humilité, une simplicité, accrues par sa désolante solitude. Imperceptibles impressions qui intensifient son innocence et exaltent sa grandeur d’âme, sa noblesse en un véritable hymne à la beauté, de la dame, de son cœur et de son courage.
Pudiquement baissés vers le sol, ses yeux fuient les regards. Regards ou présences, imaginaires ou réels, inévitablement hors-champ, tels les deux chevaliers qui l’auraient accompagnée, sur ordre du seigneur, toujours selon la légende. De même, l’habituelle affluence d’un jour de marché est occultée. Les conteurs rapportent que la population aurait déserté les rues, par respect et en signe de gratitude envers l’aristocrate.
L’omission de ces détails du mythe a probablement un sens. L’œil est focalisé, par l’utilisation du plan serré sur le sujet central : la nudité de Lady Godiva. Son unique parade, l’ample cascade fauve, sa chevelure, que la légende dit encore protégeait des regards, est déployée en arrière-plan, laissant notre regard sur son corps dévêtu libre de toute entrave.
 
La saisissante narration du symbole anglo-saxon proposée John Collier s’inscrit dans la lignée des canons artistiques établis par les Préraphaélistes, confrérie artistique britannique, fondée en 1848, à laquelle on l’associe.
Puisant dans les thèmes bibliques, la littérature ou la poésie, le Moyen Age et ses légendes reste un sujet de prédilection pour les tenants de cette vision novatrice de l’art.
Aux rugueuses et sombres pierres ajustées de la façade exempte de décoration, au dépouillement et à l’épure du décor en arrière-plan, on imagine la rudesse de l’âge médiéval. Seule la douceur marmoréenne, évoquant la clarté matinale, sur la bâtisse de droite, que l’on devine seigneuriale, vient en contrepoint, formalisant ainsi un Moyen Age idéalisé auquel les Préraphaélistes aspiraient.
La flamboyance du caparaçon, richement ornementé de broderies qui drape presqu’entièrement la monture - manière pour l’artiste d’appuyer le contraste avec le corps dévoilé – et le harnachement d’apparat, cordons d’or et rênes ornés d’écussons, le raffinement de la selle incarnent également le décorum de l’époque et le rang de la cavalière.
 
Conforme aux ambitions des fondateurs du mouvement, John Collier propose une vision réaliste de la situation. L’ardente nudité bien qu’édulcorée - les voluptueux contours sont habilement occultés - n’en montre pas moins une peau au bord du frisson tant la carnation paraît réelle. Couleur et lumière s’imbriquent harmonieusement afin de rendre la texture, le velouté, la finesse de grain d’une peau soignée, polie, parfumée sans doute.
Lady Godiva apparaît si humble, si seule, si nue… si morale aussi !
Revenons au point de départ, à légende, à l’enseignement qu’elle transmet, à la morale d’un conte médiéval interprété par un artiste de l’époque victorienne.
Vers la fin du premier millénaire, Léofric, comte de Mercie et seigneur de Coventry, accable d’impôts la population. Sensible à leur souffrance, Godiva, son épouse, implore sans cesse son seigneur d’alléger leur fardeau. Il rit, se moque d’elle puis s’engage à céder en échange d’une promesse : qu’elle chevauche nue à travers le marché de Coventry. Elle s’exécute, l’obligeant à son tour à tenir parole.
La puissante et indépendante aristocrate fait ainsi plier sans violence un homme, un guerrier, son seigneur et maître par un geste simple, se mettre nue. Le sacrifice est beau, le geste noble à l’instar de la dame, restée dans les mémoires comme un symbole de victoire sur le pouvoir égoïste et corrompu.
Produire un art édifiant, s’adressant à l’esprit des hommes mais aussi à leur intelligence, leur mémoire, leur conscience et leur cœur n’est pas la seule aspiration des Préraphaélistes. Frappés par la brutalité de la révolution industrielle, ils entendent aussi en dénoncer les excès et redonner par le biais de leur art un sens moral – érigé en parti-pris artistique - à la société. Or, en mettant intentionnellement le spectateur face à cette femme seule, nue mais courageuse, l’artiste aspire à attirer notre attention sur cette figure de la rébellion contre le pouvoir en place.
La critique sociale constitue un des fondements du regroupement préraphaéliste. Créé après les révolutions européennes, le Printemps des peuples de 1848, il avait à cœur de témoigner des préoccupations de son époque. William Holman Hunt (1827-1910), membre fondateur de la confrérie, évoque ainsi cette volonté : « Comme la plupart des jeunes gens, j'étais bouleversé par l'esprit de liberté des événements révolutionnaires qui se déroulaient alors. En appeler au ciel contre la tyrannie qui s'exerçait sur les gens pauvres et sans défense semblait propre à susciter un traitement pictural. »
Il est certes aisé mais malvenu, pour un esprit du XXIème siècle, d’attribuer à la magistrale lady Godiva de John Collier une visée révolutionnaire à l’instar de Gandhi, prônant la révolution par l’action mais sans usage de la violence. D’ailleurs, la véritable histoire de la noble dame enseigne davantage sa dévotion pour Dieu. Honorée comme fondatrice de monastères, rien dans les écrits ne confirme la réalité de son acte.  Rappelons aussi que l’artiste, membre de la gentry, réalisa des portraits du roi, de membres de sa caste, de lords, de maharadjahs, de scientifiques de renom, entre autres. Son univers, de sa naissance à sa mort, fut celui de la haute société londonienne. Si son portrait de l’aristocrate prend vie presque cinquante ans après la fin de l’association préraphaéliste, il est cependant toujours porteur du souhait de John Everett Millais (1829-1896), autre fondateur de la confrérie artistique « ramener l’esprit des gens à une bonne réflexion » grâce à un art dépouillé de toute idéalisation. La version de John Collier semble s’inscrire dans cet esprit. Au-delà de l’imagerie héroïque véhiculée par la tradition, Lady Godiva, telle que l’artiste l’immortalise,  perpétue l’image intemporelle, douce et féminine, de la victoire des faibles sur l’oppression brutale et aveugle des puissants.
Reste que, de manière presque simultanée, la légende médiévale donna lieu à des interprétations moins subversives.

Fichier:Leighton-Lady Godiva.jpg
Lady Godiva par Edmund Blair Leighton, 1892
 
Un confrère de John Collier, également britannique, Edmund Blair Leighton (1853-1922) perpétue une autre image de la gente dame de Coventry.
Son œuvre, précédant celle de John Collier de quelques années (1892) présente l’aristocrate saisie de vertige, prenant appui sur la table afin de ne pas s’effondrer. Le défi vient d’être relevé et elle prend brutalement conscience de sa portée. Nimbée de lumière, protégeant déjà son corps des regards, elle est laissée seule, face à elle-même, par le seigneur qui la toise avec animosité.

 
Lady Godiva
Lady Godiva par Jules Joseph Lefebvre, vers 1890  (partiel)
 
En France, Jules Joseph Lefebvre (1836-1911) peintre académique et professeur aux Beaux Arts, réputé pour ses nus féminins, livre vers 1890 une version de la légende, imprégnée de douleur et de fantasmagorie. Le calvaire de la nudité est vécu la mort dans l’âme, et la servante qui tient la bride paraît la conduire à l’échafaud. La rue est inquiétante, menaçante, malgré les quelques colombes blanches qui semblent escorter la dame. Les poses sont théâtrales et même le cheval a l’air contrit.
 
Aujourd’hui, la ville de Coventry abrite  au sein du Herbert Art Gallery and Museum l’œuvre de John Collier. Elle perpétue aussi la tradition du cortège de Lady Godiva lors de la foire annuelle, fin mai, sous forme de concours. Seule condition pour les participantes : avoir les cheveux longs et dorés.
Pour conclure, voici quelques œuvres d'artistes contemporains de John Collier, ainsi que celle de Adam van Noort, considérée comme la première oeuvre picturale dédiée à dame Godiva.
 
 
 
Lady Godiva (gravure) par Edward Henry Corbould (1815-1905), peintre, illustrateur, sculpteur britannique.
 
 lady godiva sullivan
Lady Godiva par William Holmes Sullivan, 1877, peintre britannique  (1807-1908).

Lady Godiva par Joseph Henri François Van Lerius (1823-1876), peintre belge.
 
 
Lady Godiva par Alfred Joseph Woolmer (1805-1892), peintre britannique.
 
lady godiva claxton
Lady Godiva par Marshall Claxton, 1850, peintre britannique (1811-1881).
 

La prière de Lady Godiva par Sir Edwin Henry Landseer (1802-1873), peintre britannique animalier.
 

Lady Godiva par George Frederick Watts (1817-1904), peintre britannique.

Goodiva (Lady Godiva) (1586) by Adam van Noort
Lady Godiva par Adam van Noort, 1586, peintre flamand (1562-1641).
 
 

Sources
 
L'art magique
Le Préraphaélisme "Art du XIXème siècle"
Lady Godiva, ces impôts qui déshabillent      
 
 
 
 
 

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